Seconde partie
Chapitre 11
Lueur d’espoir
I
Dean et son père avaient roulés pendant des heures. Le jeune homme s’était retourné à plusieurs reprises pour regarder le visage pâle de sa compagne. Ses larmes continuaient de couler et il ne s’en cachait pas.
Ils trouvèrent une maison abandonnée à plusieurs centaines de kilomètres et John gara l’Impala sur le terrain défraichi.
L’homme se dirigea vers la maison et arracha les quelques planches qui barraient la porte, puis la défonça d’un coup d’épaule.
Dean sortit la dépouille de la voiture et rentra dans la vieille maison.
Il s’introduit dans une pièce qui semblait être une ancienne cuisine et referma la porte derrière lui.
Il en ressortit dix minutes plus tard, les yeux rougis par le chagrin et alla chercher de l’eau, dans le puits qu’il avait aperçut quand son père avait garé la voiture.
Il revint avec un seau et John lui tendit une serviette.
Pas un mot n’avait été prononcé depuis qu’ils avaient quittés l’hôtel, mais le père et son fils savaient qu’ils n’étaient pas obligés de parler pour comprendre les intentions et les sentiments, à cet instant, de l’un et l’autre.
John en tendant la serviette avait regardé son fils droit dans les yeux et y avait lu l’atroce douleur de la perte de la jeune femme dans son regard. Il le comprenait. Il avait vécu la même chose plusieurs années auparavant.
Il le laissa regagner la cuisine et s’assit au coin du feu qu’il venait d’allumer dans la cheminée.
Dean referma la porte et posa le seau dans un coin de la pièce. Il y baigna la serviette et étouffa un soupir lorsqu’il se rendit compte de la température de l’eau. Il se dit que même si Tarah était morte, elle avait le droit à un meilleur traitement et il alla faire chauffer le seau aux flammes de la cheminée.
Dix minutes plus tard, l’eau tiède et la serviette flottant à la surface du seau, il déshabilla la jeune femme, allongée sur une table en bois.
Il entreprit de recoudre avec délicatesse la plaie béante, serrant les dents pour se retenir de ne pas craquer devant le corps mutilé de la jeune femme, et quand il eu fini, il nettoya le corps méticuleusement.
Il posa ses yeux sur cette silhouette si parfaite et se remit une nouvelle fois à pleurer.
Il était soudain prit d’une terrible angoisse, il se posait tellement de questions. Il ne comprenait pas qu’une telle chose ait pu arriver.
Il effleura la peau de la jeune femme autrefois parcourue de frissons lors de ces gestes tendres et se pencha sur elle. Il la saisit de ses bras musclés et assit au bord de la table, tenta de sentir une dernière fois son parfum. Il la serra de plus en plus fort et les larmes coulèrent de plus en plus sur le corps glacé. Il resta de longues minutes ainsi, sans bouger, sans oser enlever ses mains de la peau blême. Puis, à contrecœur, il reposa le corps aussi délicatement que s’il s’agissait de cristal.
Il prit les mains de la jeune femme qu’il croisa sur son ventre et son regard s’attarda sur la bague qu’il lui avait offerte quelques jours auparavant.
Ils allaient se marier... Fondés une famille... Vivre heureux...
Il essuya les larmes qui lui barraient le visage et ferma les yeux en penchant la tête en arrière. Il inspira profondément puis, sans entrain, reprit les gestes mortuaires.
Le drap était rougi par le sang et il saisit la couverture. Il enveloppa le corps, et à l’aide d’une cordelette que lui avait procuré son père, il attacha solidement la couverture en prenant soin de ne pas trop comprimer le corps. Il ne voulait pas la faire souffrir, pas encore, même si ce corps éteint ne ressentait plus la douleur.
Seul le visage de la jeune femme était encore visible. Il attrapa une chaise et s’assit à ses cotés.
Il la regarda, dessinant de ses yeux son visage maintenant propre.
Sa peau était blanche et les belles joues roses avaient disparues.
Il demeura aux côtés de Tarah pendant plusieurs heures à penser à tous leurs moments de bonheur partagé, et lorsque l’aube pointa à l’horizon, il sacrifia ses derniers efforts pour recouvrir le visage pâle de la jeune femme avec le linceul.
A cet instant, John frappa à la porte comme s’il avait senti le dernier geste de son fils.
Il s’approcha de la dépouille et posa un regard de compassion sur le corps.
Il déposa sa grosse main sur le front drapé de la jeune femme, et sembla murmurer quelques mots, une prière.
Dean le laissa parler, puis quand son père eu finit, le jeune homme attrapa le corps avec précaution, et sortit de la maison.
Il avait entendu John, toute la nuit, préparer le lit de mort pour la jeune femme.
Il s’en approcha et installa le cadavre délicatement sur la paille.
Submergé par l’émotion de devoir la laisser s’en aller, il ne put contenir, une nouvelle fois, ses larmes, et tomba lourdement sur ses genoux.
John approcha de la paillasse, une torche flamboyante à bout de bras, patienta quelques minutes et la tendit vers le jeune homme qui le regarda, vidé de toute force.
Dean se releva, empoigna le flambeau et s’avança vers le lit mortuaire, les dents serrées et la gorge nouée.
Il hésita un long moment et consentit à approcher les flammes vives de la paille.
Dean était resté prostré toute la matinée, regardant le cadavre de Tarah se consumer peu à peu. Il ne restait qu’un tas de cendres et l’odeur de chair brûlée qui envahissait l’atmosphère ne faisait plus aucun effet sur le jeune homme.
Il était assis, les bras autour de ses genoux relevés.
John était resté auprès de lui quelques heures puis s’était résigner à le laisser seul. Il avait prit l’Impala et était partit rouler pour se changer les idées et réfléchir à ce qu’ils allaient faire maintenant.
Lorsqu’il revint, alors que la nuit venait de tomber, il trouva son fils exactement dans la position où il l’avait laissé.
Il gara la voiture, alluma les phares et attendit.
Une heure plus tard Dean tourna la tête vers l’Impala et se leva, le visage complètement meurtri.
Il avança lentement vers le véhicule, les mains dans les poches et la tête baissée, ouvrit la portière et s’assit dans la voiture.
John tourna la clé et au moment où l’Impala allait démarrer, Dean dans un accès de rage et étranglé dans ses sanglots tapa du poing contre le tableau de bord et explosa :
Dean : Je veux comprendre ce qu’il s’est passé !! Je ne retournerais pas en chasse avant d’avoir trouver qui à fait ça !
John ne répondit pas car il comprenait son fils. Il avait agit exactement de la même façon lorsque Mary était décédée, et n’avait jamais cessé de chercher, jusqu’à aujourd’hui, ce qu’il était arrivé à sa femme.
Il hocha la tête et ils prirent la route jusqu’à un hôtel où John avait réservé une chambre avant de revenir à la vieille maison.
Deux heures plus tard, alors que John était parti chercher quelque chose à manger, Dean se décida à prendre une douche. Il s’était rendu compte qu’il était encore recouvert du sang de la jeune femme et, frottant les taches d’hémoglobine incrustées sur sa peau, il se mit une nouvelle fois à pleurer.
Il se sentait vidé, fatigué, et l’eau qui coulait sur son visage ne venait pas à bout de la tension qui parcourait son corps.
Il sortit de la douche, s’essuya, enfila des vêtements propres et attrapa une bouteille de Whisky qui trainait dans le sac de son père.
Il s’assit au pied du lit, à terre, face à la télé allumée et commença à boire.
La première gorgée passa difficilement, et l’alcool mit un peu de temps à réchauffer son corps.
Il buvait au goulot, et peu à peu, s’enivrait, tentant d’oublier les dernières heures de cauchemar qu’il venait de passer.
Il balançait la bouteille à moitié vide d’une main à l’autre, le regard perdu sur les murs de la chambre.
Il ferma les yeux et soudain, sentit les mains chaudes de Tarah sur ses épaules, le parfum de vanille flottait dans l’air et il tenta de poser sa main sur celle de la jeune femme.
Son geste s’arrêta sur son épaule et quand il ouvrit les yeux, il se rendit à l’évidence que la jeune femme n’était pas près de lui.
Au bout d’une heure John n’était toujours pas rentré et le jeune homme, complètement ivre, marmonnait des paroles incompréhensibles, la tête en arrière appuyé sur le lit.
Dans un accès de colère il jeta la bouteille vide qui explosa contre le mur et il se releva en titubant.
Il s’affala sur le lit en prononçant inconsciemment le prénom de la jeune femme et s’endormit au bout de quelques secondes, rongé par la fatigue.
John était rentré alors que Dean venait de sombrer dans le sommeil. Il remarqua le verre brisé, et ramassa les morceaux. Il mangea et se coucha aussitôt, portant un regard triste sur son fils, allongé sur le ventre au travers du lit, les bras en croix.
Au milieu de la nuit, Dean se réveilla en sursaut. Il s’agenouilla sur les couvertures et les mains sur les cuisses, adoptait un regard consterné.
Il s’assit au bord du lit, se frictionna le visage et ses yeux scintillèrent.
Il venait de se souvenir de ce que lui avait dit Tarah avant de mourir.
Et les paroles de la jeune femme résonnèrent dans sa tête en écho : « Trouve la lumière ».
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